Couple et identité : comment trouver l’équilibre entre « je » et « nous »
- alicedabo
- 12 févr.
- 4 min de lecture
J’aime commencer une thérapie de couple en rappelant à mes patients que nous allons nous occuper de chacun d’entre eux, mais aussi de leur couple. J’ai toujours à cœur de ne pas oublier que, devant moi, ils sont trois. C’est essentiel !
Être en couple implique de construire un « nous », mais cela ne signifie pas renoncer au « je ». L’un des défis majeurs de la vie à deux est de préserver son identité tout en développant une relation harmonieuse. Rester soi-même en étant en couple repose sur un équilibre subtil entre attachement et autonomie.
Comprendre que l’amour ne signifie pas fusion
Au début d’une relation, la fusion peut sembler naturelle : on partage tout, on veut tout faire ensemble, on s’adapte beaucoup à l’autre. C’est un moment merveilleux où l’on entre dans la vie de l’autre, parfois avec passion et intensité.
Si cette phase est fréquente et souvent nécessaire, elle ne peut pas durer sans risque d’effacement personnel. Le couple est avant tout la rencontre de deux individualités avec l’envie de former une nouvelle entité : le « nous ». Chacun doit pouvoir conserver ses goûts, ses opinions, ses amitiés et ses projets, tout en découvrant de nouvelles choses ensemble.
Il est important de se questionner lorsque l’on sent que tout ce que l’on était commence à nous échapper.
Audrey est venue me voir seule pour ses difficultés conjugales. Lorsque nous parlons de son quotidien, elle s’étonne de ne faire que des choses pour son conjoint. Au départ, elle m’explique qu’elle n’a plus le temps : entre le travail, leur fille, les trajets, la pratique sportive de son conjoint, elle ne sait plus où caser ce qu’elle aimait.
Mais qu’aimait-elle déjà ? Elle faisait de la boxe. Mais aime-t-elle encore la boxe ? A-t-elle seulement l’énergie ?
Et les amis ?« C’est vrai que ma bande de copines, je leur ai moins donné de nouvelles. Comme Antoine a foot trois fois par semaine, il faut garder la petite… »
« Et puis nous avons des amis communs, c’est important ! »
Elle a raison, c’est important.
Mais, petit à petit, Audrey s’est oubliée.
Aujourd’hui, elle ressent de la rancœur. Elle trouve Antoine égoïste. Pourtant, elle n’a jamais réellement verbalisé ses besoins propres.
Maintenir des espaces personnels
Rester soi-même suppose d’avoir des espaces à soi : des activités personnelles, des moments seul(e), un cercle social propre, des centres d’intérêt indépendants du couple.
Ces espaces ne menacent pas la relation ; au contraire, ils l’enrichissent. Ils permettent de revenir vers l’autre avec davantage d’énergie, de nouveauté et d’épanouissement personnel.
Exprimer ses besoins et ses limites
S’effacer dans le couple arrive souvent par peur de déplaire ou de créer un conflit. Pourtant, une relation saine repose sur la capacité à exprimer ses besoins et ses limites : ce que l’on aime, ce que l’on n’accepte pas, ce dont on a besoin.
Poser des limites n’est pas un acte d’égoïsme, mais un acte de respect envers soi-même et envers la relation. Plus on se tait, plus le ressentiment risque de s’installer.
Mais pour cela, il faut accepter que l’autre soit différent. Il n’est pas nécessaire d’avoir les mêmes opinions ou les mêmes passions pour être un couple solide. Chercher à modeler l’autre, ou se laisser modeler pour correspondre à ses attentes, fragilise l’authenticité du lien.
Cultiver l’estime de soi
Plus l’estime de soi est solide, plus il est facile de rester authentique. Une faible confiance en soi peut conduire à :
dépendre affectivement de l’autre,
rechercher constamment son approbation,
modifier son comportement pour éviter le rejet.
Un couple épanoui repose sur deux personnes capables d’exister indépendamment l’une de l’autre.
Le jardin
J’aime souvent comparer le couple à un jardin confié à deux jardiniers. Chacun y entre avec son histoire, sa sensibilité, son rythme. L’un plantera quand l’autre arrosera ; l’un sèmera pendant que l’autre préparera la terre. Certains jours, l’un contemplera les fleurs quand l’autre prendra soin des racines.
Aucun ne jardine de la même façon — et c’est heureux. Car ce n’est pas l’uniformité qui fait la beauté d’un jardin, mais l’alliance des gestes, la complémentarité des regards et le respect des saisons.
Prendre soin du couple, c’est accepter cette différence, lui laisser de l’espace, tout en veillant à ne pas s’oublier soi-même. Un jardin ne s’épanouit que si chaque jardinier reste attentif à la terre… et à ses propres ressources. C’est cette singularité qui fera de ce jardin un lieu vivant et harmonieux.
Construire un « nous » sans effacer le « je »
Le couple ne doit pas être une disparition de l’individu, mais un espace de croissance. L’objectif n’est pas de choisir entre soi et la relation, mais d’apprendre à articuler les deux.
Un « nous » solide se construit à partir de deux identités claires, et non de deux identités diluées.
Lorsque le « nous » prend toute la place au détriment du « je », il peut être précieux d’en parler dans un cadre bienveillant et confidentiel. Se faire accompagner permet parfois de redonner une voix à ses besoins et de rééquilibrer la dynamique du couple.



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